Le nucléaire ne vient peut-être pas immédiatement à l’esprit quand il s’agit d’économie circulaire, mais à bien des égards, la circularité fait partie intégrante du secteur nucléaire canadien. Pour des raisons de coût, de sécurité et de sûreté – et compte tenu du fait que le cœur de ce secteur repose sur des solutions énergétiques propres – le nucléaire s’est discrètement imposé comme un chef de file en matière de pratiques durables. Cela comprend à la fois la construction neuve et la rénovation (le terme même de « rénovation » renvoie à ses fondements durables), ainsi que le déclassement d’installations obsolètes et anciennes.

Le Centre de collaboration scientifique des Laboratoires de Chalk River a été construit à l’aide de plus de 1 350 mètres de bois massif

L’intérieur du Centre de collaboration scientifique des Laboratoires de Chalk River affiche la beauté de la construction en bois massif
Aux célèbres Laboratoires de Chalk River, l’utilisation du bois massif dans la construction de ses nouveaux bâtiments souligne les progrès réalisés par les Laboratoires nucléaires canadiens (LNC) au cours des dernières années pour revitaliser le site historique, qui appartient à la société d’État fédérale, Énergie atomique du Canada limitée. Les travaux de rajeunissement des installations existantes, dont plusieurs ont été construites il y a 70 ans ou plus, permettront à la génération actuelle de scientifiques et d’ingénieurs nucléaires de poursuivre leurs recherches sur un campus moderne. Préparer les bases des nouvelles constructions constitue l’une des campagnes de déclassement et d’assainissement environnemental les plus importantes et les plus complexes au Canada.
Bien que plus discrète que la beauté du bois massif, la stratégie de réduction des déchets à l’échelle de l’entreprise des LNC garantit que, dans la mesure du possible, les débris de démolition et les équipements provenant du démantèlement des anciens bâtiments soient détournés pour être recyclés et réutilisés. Un objectif ambitieux fixé en 2023 pour s’harmoniser avec la Stratégie pour un gouvernement vert du gouvernement fédéral, qui est renforcée dans la stratégie de développement durable des LNC, vise à détourner au moins 90 % des déchets de démolition et de construction des sites d’enfouissement d’ici 2030.
Au cours des neuf derniers mois, plusieurs projets des LNC ont accompli des exploits remarquables quant au déclassement durable et à l’atteinte de l’objectif de 90 % de détournement des déchets. En 2025, l’équipe de déclassement a démonté une installation de soutien à l’un des réacteurs de recherche phares des Laboratoires de Chalk River, surtout connu pour avoir fourni au monde entier des isotopes médicaux vitaux pendant près de 70 ans. Les matériaux de construction et de démolition provenant du démantèlement de cette installation de soutien comprenaient du métal, des gravats et du bois. 94 % des matériaux de démolition non dangereux ont été détournés des sites d’enfouissement pour être utilisés comme litière pour animaux, biocarburant, additifs pour sols ou agrégats, et le métal a été envoyé au recyclage.

Travailleurs poursuivant des travaux de déclassement aux Laboratoires de Chalk River

L’équipement et les vêtements de protection sont souvent requis en raison de l’amiante présent dans de nombreux bâtiments en cours de déclassement
Pour donner une idée de l’ampleur, ces 94 % représentent 227 640 kilogrammes de matériaux réutilisés soit aux Laboratoires de Chalk River, soit par des fournisseurs externes de services de recyclage. Cette réalisation a non seulement permis de générer des économies pour le projet, mais a également réduit l’impact des LNC sur l’environnement, à la fois en évitant le coût environnemental lié à la création de nouveaux matériaux et en limitant l’utilisation des sites d’enfouissement.
Ces matériaux ont plusieurs utilisations. Par exemple, certains des fournisseurs externes de service de recyclage réutilisent les éléments non structuraux ou le bois pour créer des biocarburants et de la litière pour animaux. Jennifer Turcotte, directrice, déchets pouvant être éliminés des LNC, pour les Laboratoires de Chalk River, se réjouit du succès du programme et de son avenir : « Ce travail me tient particulièrement à cœur. En fait, le tout premier programme de recyclage ici, dans le comté de Renfrew [où se trouve le campus de Chalk River des LNC], a été lancé dans mon école secondaire par un ami », explique-t-elle. « Cette carrière est également ma passion et je suis fière du succès de notre équipe. Grâce à notre programme, les LNC recherchent de nouvelles façons de disposer de tout ce qui est actuellement envoyé vers les sites d’enfouissement. »
Sur un petit site de réacteur situé à plus de cinq cents kilomètres de Chalk River, dans la province de l’Ontario, les LNC procèdent au déclassement de la première centrale nucléaire à grande échelle du Canada, Douglas Point, qui se trouve sur le site nucléaire de Bruce, au bord du lac Huron. Pour les travaux prévus au cours de cette décennie (bâtiments non nucléaires, bâtiments de soutien nucléaire et composants du réacteur), les LNC prévoient que plus de 90 % des matériaux seront réutilisés ou recyclés. À ce jour, l’équipe est en bonne voie d’atteindre cet objectif, comme l’a démontré le dernier trimestre de 2024, lorsque l’équipe de déclassement a démoli le bâtiment administratif, l’un des bâtiments non nucléaires. Par exemple, l’acier provenant des bâtiments déclassés est envoyé aux entreprises locales de ferraille, ce qui soutient les petites entreprises et la chaîne d’approvisionnement circulaire.

Construction de la centrale nucléaire de Douglas Point en 1962
La centrale nucléaire de Douglas Point, comprenant le réacteur et les bâtiments de soutien, a été construite au début des années 1960. Des générations d’employés ont utilisé le bâtiment administratif comme espace de bureau jusqu’en 2018, bien après que le réacteur ait cessé de produire de l’électricité au milieu des années 1980. Dans le cadre de la démolition du bâtiment administratif, les LNC ont appliqué leur stratégie de minimisation des déchets, réussissant à détourner 92 % des matériaux non dangereux du site d’enfouissement de déchets. Cela signifie que 686 705 kg de métal et de béton ont été envoyés pour être réutilisés ou recyclés, en faisant appel autant que possible aux petites entreprises locales pour la ferraille et en mobilisant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement nucléaire pour l’assistance et les services de décontamination afin d’optimiser la réutilisabilité. Alors que le projet de déclassement du réacteur se poursuit, les LNC prévoient poursuivre l’atteinte de l’objectif fixé à l’échelle de l’entreprise, soit de remettre en circulation 90 % des débris de démolition.

Un tuyau pulvérise de l’eau pour réduire la poussière dans le cadre d’une mesure de protection de l’environnement pendant le démantèlement du Bâtiment administratif à Douglas Point.

Une image aérienne de l’empreinte du Bâtiment administratif de Douglas Point montre des piles de débris de démolition triés, une première étape de recyclage et de réutilisation

Les Laboratoires de Chalk River, berceau du nucléaire au Canada, font actuellement l’objet d’une importante revitalisation, fondée sur la durabilité des nouveaux bâtiments et le déclassement des installations existantes.
De retour aux Laboratoires de Chalk River, l’ampleur de la revitalisation du site souligne l’importance de la politique de minimisation des déchets des LNC. Depuis 2015, les équipes de déclassement des LNC ont détruit 127 bâtiments sur le site et 95 autres sont prévus d’ici la fin de la décennie. D’ici 2030, les LNC estiment que leurs efforts de déclassement aux Laboratoires de Chalk River auront produit 400 000 kg de déchets pouvant être éliminés ou « propres », également appelés déchets de construction et de démolition (« C et D »). Il s’agit de déchets dont la non-radioactivité a été vérifiée et qui peuvent être stockés dans des sites d’enfouissement classiques. Si les LNC atteignent leur objectif de détournement de 90 %, réalisable jusqu’à présent à Chalk River et à Douglas Point, alors au moins 360 000 kg de matériaux éviteront le site d’enfouissement.
Il convient également de mentionner que les équipes chargées du déclassement ont détourné près de 100 % du béton généré par le déclassement des Laboratoires de Chalk River au cours des deux dernières années, lequel est ensuite traité pour être réutilisé sur place à Chalk River. Par exemple, il a été réutilisé à des fins telles que le soutènement des berges et est principalement transformé en granulats approuvés de type « A » et « B », ce qui évite d’avoir à acheter des granulats pour de nombreux projets des LNC.
Dilhari Fernando, chef de la stratégie de durabilité des LNC, a souligné : « Aux LNC, nous sommes sur la voie de la durabilité. Les efforts de détournement dans le cadre de notre mission d’assainissement environnemental reflètent l’efficacité avec laquelle la gestion des déchets hérités peut entraîner un véritable changement. Ce que nous faisons ici est un exemple du type de circularité essentiel dans la transition vers une économie carboneutre. »


